English version Son sourire en dit long sur la passion qui l’anime au cœur d’une des plus petites appellations du Bordelais… Bien loin de sa Bretagne natale, elle vibre cependant sur une colline baignée d’un océan de verdure à 360 degrés. Rencontre avec la pétillante Anne-Laurence Chauvel Chadronnier qui fait résonner une sacrée authenticité sur les vignes du Château Marsau en appellation Francs Côtes de Bordeaux.

Parfum du Merlot Marsau

Parti une belle journée ensoleillée de début d’été, mon chemin jusqu’à la propriété de la famille Chadronnier me fait passer par de sinueux chemins de campagne, dessinant des courbes musclées au creux de sublimes vallées… La nature est belle, verte, et reine à seulement 30 minutes du village de Saint-Emilion. L’expédition vers le Château Marsau me procure un séduisant parfum d’aventure mais c’est un autre parfum qui m’interpelle à mon arrivée devant les vignes. Nous sommes en juin et la vigne est en fleur. « Très peu de personnes connaissent ce parfum car la fleur de vigne a une durée de vie très courte. Je suis amoureuse de l’odeur de cette fleur blanche, de sa subtilité, sa délicatesse, sa fraicheur… Lorsque j’en parle, je dis souvent que le parfum fleur de vigne de la marque Caudalie c’est exactement ça. Je suis fan ! Regardes, tu as déjà du pollen de merlot Marsau sur ton col, j’adore !» s’amuse Anne-Laurence à l’entrée d’un rang de vigne.

Férue de mathématiques pendant ses études en Bretagne d’où elle est originaire, Anne-Lo, comme ses amis l’appellent, n’était pas destinée à cultiver l’art de la vigne… Elle est néanmoins initiée dès son plus jeune âge à la subtilité du vin. « Mon grand-père était marchand de vins à Pont Aven, il achetait du vin en vrac et le mettait lui même en bouteille. Je me souviens de ma grand-mère qui posait l’étiquette familiale Yves Chauvel Négociant à Pont Aven sur les bouteilles dans la cave. Mon grand père me mettait toujours une goutte de vin dans mon verre d’eau à table. » Le déclic intervient à la fin des années 1990 quand Anne-Laurence ressent en elle une quête de sens et le besoin de se recentrer sur l’essentiel, la nature… Elle quitte la Bretagne pour étudier à l’Ecole Supérieure d’Agriculture d’Angers. Un choix qui se confirme très vite autour de la viticulture à l’ESA et elle décide partir étudier l’œnologie à Bordeaux. « J’étais effrayée par l’aspect chimique et formule de l’œnologie mais en apprenant le métabolisme de la vigne, je me suis prise de passion pour le fait de faire du vin. Ce n’était pas de la chimie pour faire de la chimie… Il y avait des arômes derrière. »

Le vin à la folie

Ne lui demandez pas de choisir entre viticulture et « winemaking », elle a besoin des deux. « La viticulture, c’est la partie agricole qui m’est chère, la terre, j’ai un lien particulier avec chaque pied que j’ai envie de chouchouter. Au chai lorsque je fais le vin, c’est mon côté scientifique et artistique qui s’exprime. Le vin c’est complètement subjectif, c’est une folie ! En période de vinification, je suis en trans, partagée entre l’aspect méthodique, scientifique et l’expression artistique de celui ou celle qui fait le vin. Un peu à la manière d’un Chef ou d’un musicien, lorsque tu composes, ta sensibilité est exacerbée ».

Pour comprendre l’engagement sans concession d’Anne-Laurence dans sa passion pour le vin, il suffit de lui parler de sa première expérience professionnelle réalisée au Château Brillette (Moulis en Medoc). « J’avais 25 ans, je sortais juste de l’école, la famille Flageul me fait confiance et me recrute comme Directrice Technique du Château Brillette. C’était énorme et j’étais très autonome, je me suis mise une grosse pression sur les épaules et j’ai eu très vite un attachement fusionnel avec la propriété. J’étais reliée émotionnellement avec les vignes et les barriques de vin. C’était hyper maternel comme sensation. A tel point que lorsque je suis tombée enceinte de Léo, mon 1er enfant, je suis partie en congé maternité et je ne suis jamais revenue. C’était impossible pour moi de m’imaginer revenir et de ne pas m’investir avec le même engagement. Je n’ai pas fait de baby blues mais une sorte de vineyard blues. Je suis toujours aussi proche d’Erwan Flageul et de sa famille mais je ne peux pas retourner au Château Brillette, j’ai vécu ça comme un chagrin d’amour. » L’émotion est palpable et touchante en voyant Anne-Laurence évoquer cette belle expérience de vie.

Finesse, élégance 100% merlot

Après deux années passées au Château Palmer (Margaux) où elle se perfectionne à la maitrise de la finesse des tannins sur le merlot, Anne-Laurence a la possibilité d’intégrer la propriété de ses beaux-parents. « Depuis 2002 où j’ai rencontré Mathieu (Chadronnier), je vis une très belle histoire. Nous avons la chance d’être très complémentaires et d’avoir la même vision du vin. Je suis une technicienne et Mathieu est marchand de vin (Maison de négoce CVBG). Nous avons les même goûts pour un tableau comme pour le vin, c’est très rare. La famille de mon beau-père (Jean-Marie Chadronnier) vivait de l’agriculture en Dordogne à Monpeyroux. Il a fait une brillante carrière dans le marketing et le négoce de vins. Il rachète Château Marsau en 1994 car il ressent le besoin de ce retour à la terre. »

En se voyant proposée de reprendre les rennes du vignoble familial, Anne-Laurence a conscience avec humilité et challenge de l’importance que cela revêt aux yeux de son beau-père. « Avec Mathieu, nous n’avons pas la prétention de changer le style de Marsau qui est immuable, imposé par ce terroir d’argiles profondes qui donne des merlots structurés, puissants. Nous souhaitons apporter notre expertise de winemaker à la passion de la terre qu’a eu mon beau-père. La propriété fait 14 hectares depuis 2015 plantée exclusivement en cépage Merlot. Nous concentrons nos efforts sur la finesse, l’élégance depuis cinq millésimes. Nous travaillons de manière très soft les vins en cuves pour faire un vin au plus juste, adapté à notre terroir, sans trop d’extraction.»

La vigne doit stresser mais pas souffrir

Les résultats n’ont pas tardé à se faire sentir. « Je n’ai pas trop l’occasion de recevoir des journalistes à la propriété mais récemment j’ai été très touchée par la Master of Wine Jeannie Cho Lee qui est venue déguster nos vins et qui a flashé sur Château Marsau 2012, mon premier millésime, et a beaucoup aimé le 2013. J’étais vraiment émue de l’écouter parler de notre vin et de lire ses commentaires sur Twitter ». Anne-Laurence sait rester modeste et connaît très bien le chemin qu’il lui reste à parcourir… « C’est work in progress, je sais que nous sommes dans la bonne direction, je suis fière de nos vins, élégants et non opulents. Nous faisons un gros travail en ce moment à la vigne. Nous faisons appel à un vigneron nutritionniste qui nous aide à mieux comprendre nos terroirs avec un bon sens paysan. La vigne doit stresser et pas souffrir. Il faut faire attention aux meilleures techniques dans le vignoble. On a tellement envie d’entendre qu’on laisse la vigne vivre sa vie et qu’on n’y fait rien, c’est une hérésie… Naturellement c’est une liane et elle ne fait pas de raisin. La vigne, on la maitrise, on la contrôle… La vigne pour en faire du vin c’est de l’humain ».

Et quelle sensibilité… Château Marsau 2012 est séducteur, gourmand, croquant, sur le fruit avec une très belle fraicheur. Nous avons aimé également la profondeur du millésime 2014 et le grain de tannin incroyable du tout jeune 2015. « Le merlot n’a pas la profondeur d’un cabernet mais il a la gourmandise. » conclut Anne-Laurence qui gère avec Mathieu et son père l’une des rares propriétés en 100% merlot de Bordeaux. Chaque année Anne-Laurence associe une musique à la réalisation d’un millésime pendant les vendanges et vinifications. En 2014 c’était Silent calls de Cats on trees, 2015 a vu le jour avec Rodrigo & Gabriela, gageons que le prochain 2016 sera également affuté d’une inspirante mélodie.

www.chateau-marsau.com

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Her smile speaks for her talking about the passion that animates her in one of the smallest Bordeaux wine appellations… Far from her native French Brittany region, however, she lives an awaken dream on a gorgeous green hill. Meeting with Anne-Laurence Chauvel Chadronnier which make you feel a strong authenticity on Château Marsau vineyards (Francs Côtes de Bordeaux).

Marsau Merlot perfume

On a sunny day, my way up to Chadronnier family estate made me go through winding country roads, drawing hollow curves on sublime valleys… Nature is beautiful and green just 30 minutes far from Saint-Emilion village. Expedition to Château Marsau gives me a seductive scent of adventure but it is another fragrance that appeals to me on my arrival at the vineyards. It is June and the vines are in bloom. « Very few people know this perfume because the vine’s flower has a very short lifespan. I love the smell of this white flower, its subtlety, delicacy, freshness… When I speak about it, I often say that the vine’s flower fragrance brand from Caudalie is exactly that. I’m addicted to it ! Look, you already have Marsau merlot pollen on your collar, I love it!  » says Anne-Laurence at the beginning of one row of vines.

Keen on mathematics during her studies in French Brittany from where she is, Anne-Lo, as her friends call her, was not intended to cultivate the art of the vine… she has been nevertheless initiated at a young age the subtlety of wine. « My grandfather was a wine merchant in Pont Aven, he was buying wine in bulk and put it himself in the bottle. I remember my grandmother who was putting the family label Yves Chauvel on the bottles in the cellar. My grandfather always put me a drop of wine in my glass of water. » The breakthrough comes in the late 1990s when Anne-Laurence needs to focus on the essential, nature… She leaves French Brittany to study at the Agricultural Angers High School. She quickly chooses viticulture and decides to study oenology in Bordeaux. « I was frightened by the chemical formulas but by learning the metabolism of the vine, I developed a passion for the winemaking. It was not chemistry to chemistry… There were flavors behind.  »

Passionnated for winemaking

Do not ask her to choose between viticulture and winemaking, she needs both. « The wine is the agricultural part that is dear to me, earth, I have a special bond with each vinestock. In the winery when I make the wine, it is my scientific and artistic side that is expressed. Wine is completely subjective, it is madness ! During winemaking, I’m mad, shared between the methodical aspect, scientific and artistic expression of the winemaker. A bit like a Chef or a musician, when you compose, your sensitivity is exacerbated.  »

To understand the uncompromising commitment Anne-Laurence in her passion for wine, simply talk about her first experience carried out in Château Brillette (Moulis en Medoc). « I was 25, I just got out of school, the Flageul family trusted me and recruited me as Technical Director of Château Brillette. It was huge and I was very independent, I put a lot of pressure on my shoulders and I had a very fast fusion attachment with the property. I was emotionally connected with vines and wine barrels. It was a maternal feeling. So much so that when I got pregnant with Leo, my first child, I went on maternity leave and I never returned. It was impossible for me to imagine myself back and not get involved with the same commitment. I have not made baby blues but a kind of blues vineyard. I’m still close to Erwan (Flageul) and his family but I can not return to Château Brillette, I experienced it as a heartache. « The emotion is palpable and touching seeing Anne-Laurence evoking this great life experience.

Finesse, elegance 100% merlot

After two years at Château Palmer (Margaux) where she has perfected making fine tannins on merlot grapes, Anne-Laurence had the opportunity to integrate her parents in law wine estate. « I met Mathieu (Chadronnier) in 2002, the start of a beautiful story. We are fortunate to be highly complementary and have the same vision of wine. I am a technician and Mathieu is a wine merchant (CVBG). We have the same tastes to the wine, it is very rare. The family of my father in law (Jean-Marie Chadronnier) lived from farming in Dordogne – Monpeyroux. He made a brilliant career in marketing and wine trading. He bought Château Marsau in 1994 because he fell the need to return to the earth. »

Anne-Laurence is humbly aware of how important this is in the eyes of her stepfather. « With Mathieu, we do not pretend to change the style of Marsau which is immutable, imposed by this soil of deep clays giving structured Merlot, powerful. We want to bring our winemaker expertise to my stepfather passion for the soil. The property is 14 hectares since 2015, exclusively planted in Merlot grapes. We focus on finesse, elegance since five vintages. We work very soft the wines in vats to make a wine with finesse, adapted to our soil, without too much extraction.  »

The vine must stress but not suffer

The results arrived very fast. « I do not have too much opportunity to receive journalists at the property but recently I was very touched by the Master of Wine Jeannie Cho Lee who came to taste our wines and had a crush on Château Marsau 2012, my first vintage, and loved the 2013. I was really excited to hear about our wine and read her comments on Twitter. » Anne-Laurence knows how to remain modest and knows very well what remains to be done… « This is work in progress, I know we’re in the right direction, I am proud of our wines, elegant and not opulent. We do a lot of work currently in the vineyard. We use a nutritionist winemaker who helps us better understand our soils with a good agricultural sense. The vine must stress and not suffer. Beware the best techniques in the vineyard. It is so keen to hear that the vine has to live its life and that there is nothing else, it is heresy… If you want the vines give you wine there is a lot of human work.  »

And what sensitivity… Château Marsau 2012 is seductive, delicious, crunchy, fruity with a nice freshness. We also enjoyed the depth of the 2014 vintage and the incredible tannin grain of the young 2015. « The merlot has not the depth of a cabernet but is delicious. » Anne-Laurence each year combines music to the achievement of a vintage during the harvest and winemaking. In 2014 it was Silent calls from Cats on trees, 2015 was born with Rodrigo & Gabriela, we expect that the next 2016 will also sharpened an inspiring melody.

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